- Sexualité après bébé : ce qui change vraiment
- Femme ou mère ? Femme et mère
- Ton corps après l’accouchement
- Allaitement et sexualité
- Douleurs et périnée : ça se soigne
- Désir et libido après bébé
- La « reprise » : quand, comment, sans pression
- Le couple face au baby clash
- Et le co-parent ?
- Le livre « Réinventer sa vie intime après bébé »
- Quand et qui consulter ?
Sexualité après bébé : ce qui change vraiment
Je m’adresse à toi, la femme, mais aussi à toi, le co-parent qui me lis : reste jusqu’à la fin. La sexualité après bébé est l’un des sujets les plus entourés de silence et de culpabilité que je rencontre en consultation. On t’a préparé·e à l’accouchement, peut-être à l’allaitement, mais rarement à ce qui arrive ensuite à ta vie intime. Alors je pose les choses d’emblée : avec l’arrivée d’un enfant, oui, il va falloir s’adapter. Mais non, ta vie sexuelle n’est pas condamnée.
Le post-partum ne s’arrête pas au retour de couches. En tenant compte de la restructuration du cerveau, certain·es chercheur·es en neurosciences parlent d’un post-partum d’au moins deux ans. Et pendant ce temps, beaucoup de choses bougent en même temps :
- la fatigue, souvent l’extrême fatigue ;
- les douleurs vulvaires, vaginales ou corporelles après l’accouchement ;
- un accouchement vécu comme traumatique, ou des violences plus anciennes qui refont surface ;
- le baby blues, la dépression post-partum, l’anxiété ;
- la charge mentale liée au bébé et au foyer ;
- l’image du corps et l’estime de soi ;
- les hormones et l’allaitement ;
- l’état de la relation de couple.
Un point me paraît essentiel : le facteur qui pèse le plus sur ta vie intime après bébé, c’est souvent la façon dont elle était avant. Un couple qui communiquait bien et prenait soin de son intimité traverse en général mieux cette période. D’où l’intérêt d’en parler tôt, idéalement dès la grossesse.
Femme ou mère ? Femme et mère
Devenir parent est un véritable rite de passage, une transition aussi profonde que l’adolescence. On l’appelle la matrescence. En séance, j’entends souvent : « Je ne sais plus ce que je veux, ni comment je le veux. Je ne sais plus qui je suis. » C’est normal : tu n’es plus tout à fait celle d’avant, et pas encore tout à fait celle que tu deviens.
Cette transition se heurte parfois à un vieux schéma : le complexe de la madone et de la putain. D’un côté la mère, sainte et intouchable ; de l’autre la femme qui désire et prend du plaisir. Comme si, en devenant mère, on basculait forcément du côté « madone », aux yeux de son ou sa partenaire, et souvent à ses propres yeux. La sortie, c’est la flexibilité des rôles : on peut être parent et amant·e, changer de casquette, sans s’enfermer dans aucune.
Ce qui aide les mamans que j’accompagne :
- la patience : « Je ne sais pas encore qui je suis, mais je sais que je le saurai » ;
- la communication : partager ce que tu ressens avec ton ou ta partenaire pour être épaulée ;
- la bienveillance : ne pas te juger, faire de ton mieux chaque jour ;
- la gratitude envers ce corps qui a donné la vie.
Ton corps après l’accouchement
Ton corps n’est plus celui d’il y a un an, et il ne sera plus le même dans cinq mois. Ce corps en mouvement peut étonner, bouleverser, faire perdre ses repères. Le ventre reste souvent arrondi plusieurs mois ; certaines femmes n’osent plus le montrer pendant les câlins, ou sursautent quand on le touche. Ce ventre s’est élargi pour accueillir la vie : il mérite de l’attention. Trois pratiques simples :
- Respirer en conscience quelques minutes par jour, pour revenir dans ton corps.
- Te parler avec douceur : « Merci pour tout ce que tu as fait pour moi. »
- Masser ton ventre en sortant de la douche, avec une crème ou une huile. C’est aussi un bon soin pour une cicatrice de césarienne, une fois le feu vert donné.
Côté vulve, un gonflement ou une douleur les premières semaines se soulage avec du repos (dès que quelqu’un peut prendre le relais), des compresses froides (du gel d’aloe vera sur des serviettes hygiéniques passées au congélateur, jamais la glace directement sur la peau) et des sous-vêtements amples en coton. Si la douleur dure ou s’aggrave, on consulte.
Et puis il y a la sécheresse vaginale, dont on parle si peu : elle touche environ 43 % des femmes en post-partum. La baisse des œstrogènes en est la cause principale, et elle se traite très bien avec un gel hydratant intime et un lubrifiant. Mais un lubrifiant ne remplace pas l’excitation : manquer de préliminaires, ou de ce qui te donne vraiment envie, assèche aussi.
Allaitement et sexualité
« Je n’ai plus aucun désir. Est-ce à cause de l’allaitement ? » C’est une des questions que j’entends le plus. Pendant l’allaitement, la prolactine augmente et la testostérone baisse, ce qui peut diminuer l’intérêt sexuel. Les œstrogènes baissent aussi, d’où la sécheresse. Et le contact peau à peau permanent avec bébé libère beaucoup d’ocytocine : ta dose de tendresse est parfois déjà remplie. Certaines mamans se sentent alors « touched out », saturées de contact, au point de ne plus supporter une caresse de plus le soir. La réponse, c’est plus de soutien : que le co-parent prenne bébé, le câline, et te laisse un vrai répit.
Mais je le répète souvent : la baisse de désir n’est jamais qu’une question d’hormones. Sinon, toutes les femmes qui allaitent perdraient leur désir, et ce n’est pas le cas. On entend encore conseiller d’arrêter d’allaiter « pour que le désir revienne ». Ça ne marche pas (en tout cas pas à tous les coups), justement parce que la fatigue, la charge mentale, la relation et la manière d’initier les câlins comptent tout autant. D’ailleurs, les personnes qui allaitent reprennent une vie intime à peine une semaine plus tard que celles qui donnent le biberon, et six mois après la naissance, il n’y a plus aucune différence.
Deux choses encore, pour déculpabiliser. D’abord, du lait peut s’écouler au moment d’un orgasme : l’ocytocine déclenche les deux. Une serviette à portée de main, un soutien-gorge d’allaitement, et c’est réglé. Ensuite, certaines femmes ressentent une légère excitation pendant la tétée. Ce n’est pas un désir pour ton enfant : c’est l’ocytocine, et le fait que la stimulation du mamelon active les mêmes zones du cerveau que les autres zones érogènes. Beaucoup de femmes le vivent, et tu n’as pas à en avoir honte.
Douleurs et périnée : ça se soigne
Environ 37 % des femmes ont encore mal pendant la pénétration six mois après l’accouchement. Ce chiffre baisse au cours de la première année, mais je veux être claire : non, ce n’est pas normal d’avoir mal, et ces douleurs se traitent généralement très bien quand elles sont bien prises en charge. Trop souvent, les femmes restent seules face à elles, ou s’entendent dire que « c’est psychologique ».
Cicatrice d’épisiotomie ou de déchirure, vaginisme, dyspareunie, vulvodynie : il existe plusieurs causes possibles, et seul·es des spécialistes formé·es peuvent poser le bon diagnostic. Le corps cicatrise très bien, parfois même trop bien : des adhérences ou des fibroses peuvent se former, même des années après. Une sage-femme ou un·e kiné périnéal·e sait les traiter. Camille Tallet parle justement de la prise en charge des douleurs périnéales et vulvaires dans l’épisode #82 du podcast.
La rééducation du périnée est recommandée à partir de six semaines après l’accouchement. Elle ne sert pas qu’à tonifier : un périnée en bonne santé sait aussi se détendre, et c’est souvent là que se joue le confort pendant les rapports. En résumé, ce qui aide :
- faire appel à un·e professionnel·le en rééducation périnéale ;
- poser tes questions intimes à un·e sexologue ;
- masser ta vulve, surtout après une cicatrice, avec l’accord de ta sage-femme ;
- soutenir ta lubrification : ce qui te donne envie, les exercices de Kegel quand ta rééducatrice te le permet, un gel hydratant ;
- te reconnecter à ton sexe avec douceur et lenteur.
Désir et libido après bébé
« Je n’ai plus envie depuis l’arrivée de bébé, est-ce normal ? » C’est tout à fait fréquent d’observer des changements dans sa manière de ressentir, vivre sa sexualité. Peu importe ce que font ou disent les autres, ce qui importe c’est toi et ce qui se passe dans ton couple. Fatigue, hormones, soutien du ou de la partenaire, changement d’identité, douleurs, image du corps, dépression post-partum : les facteurs se cumulent souvent.
La fatigue revient dans presque tous les témoignages. Quand une maman épuisée vient me voir pour « booster son désir », je dis stop : la priorité, c’est de réorganiser l’agenda pour qu’elle ait du temps à elle, retrouve de l’énergie et fasse des choses qu’elle aime. Il n’y a pas d’intimité de couple sans temps pour soi d’abord.
Il est aussi utile de comprendre qu’il existe deux formes de désir. Le désir spontané surgit tout seul, à l’idée d’un plaisir. Le désir réactif, lui, naît en réponse : à une caresse, un baiser, un climat de complicité. En post-partum, c’est souvent le spontané qui se met en veille, et c’est normal. Tu n’as pas à attendre une envie qui ne vient plus : tu peux recréer les conditions du plaisir. J’explore ces mécanismes dans mon article sur le désir sexuel.
Et le cododo ? Pour moi, ce n’est pas lui qui freine l’intimité, c’est le manque de créativité pour faire autrement. Le salon, la salle de bain, la sieste de bébé, une nuit à l’hôtel si c’est possible : la vraie question est « qu’est-ce qui nous empêche de faire différemment, si l’envie est là ? »
La « reprise » : quand, comment, sans pression
Quand peut-on reprendre les rapports après l’accouchement ? Il n’existe ni norme ni délai, pas plus qu’un nombre « normal » de rapports par semaine. Je préfère parler de qualité et de satisfaction plutôt que de fréquence. Et reprendre ne veut pas dire pénétration : les câlins, la masturbation, le sexe oral, les massages, la tendresse comptent tout autant.
Si vous envisagez une reprise avec pénétration, quatre repères :
- Attendre la fin des lochies, ces saignements qui durent deux à quatre semaines, à cause du risque d’infection. Ensuite, le préservatif protège l’utérus encore fragile.
- Laisser cicatriser l’épisiotomie, la déchirure ou la césarienne, puis masser la cicatrice pour assouplir les tissus, avec l’accord de ta sage-femme.
- Choisir une contraception adaptée pour les couples hétérosexuels. Il en existe aussi pour les personnes qui ont un pénis.
- En avoir envie, et c’est le plus important. Une femme sur cinq a repris son premier rapport après l’accouchement sans en avoir envie (enquête IFOP 2022). Le manque d’envie est la première bonne raison d’attendre.
La première année, la sexualité ralentit chez la plupart des couples, puis une très grande majorité retrouve une vie intime satisfaisante entre six mois et un an après la naissance. Pour y arriver, je conseille de se concentrer sur le plaisir plutôt que sur le désir : ça enlève la pression d’avoir « envie » avant de commencer. Pense aussi au clitoris, l’organe du plaisir, qui permet de se faire du bien sans passer par la pénétration. Et prenez soin l’un·e de l’autre avant et après : dire ce dont on a envie et ce qu’on ne veut pas, puis un câlin, un verre d’eau, un mot doux. C’est tout l’esprit du slow sex : ralentir, sentir, ne rien forcer.
Le couple face au baby clash
Le baby clash, ce sont les tensions qui surgissent dans le couple après la naissance, et environ deux tiers des jeunes parents le traversent. On a l’impression de ne plus se comprendre, de mal se parler, de tourner en rond dans les reproches. Un couple sur cinq se sépare pendant la première année de bébé. Je suis convaincue qu’une bonne partie de ces séparations pourraient être évitées avec un accompagnement précoce.
Deux moteurs principaux : la fatigue (« quand on est fatigué·es, on se parle mal ») et le déséquilibre dans la répartition des tâches. Plus les tâches sont réparties de façon juste, plus la satisfaction conjugale et sexuelle est grande. À l’inverse, se sentir seul·e à tout porter nourrit la colère et le ressentiment, et éteint le désir.
Ce qui aide :
- Une vraie communication. Parler beaucoup de la pluie et du beau temps ou de l’organisation, ce n’est pas encore communiquer. Dire ses besoins, ses peurs et ses envies, reformuler ce que l’autre dit, éviter les « jamais » et les « toujours » : ça s’apprend. J’en parle dans ma page sur la communication dans le couple.
- Être le GPS de ton plaisir. Ton ou ta partenaire ne lit pas dans tes pensées, et après un accouchement, ce qui te faisait du bien avant ne te convient peut-être plus. Dis-le.
- Des rendez-vous à deux planifiés. On croit que l’intimité doit être spontanée, et les couples qui attendent la spontanéité attendent parfois des années. Planifier, c’est créer l’attente, donc l’envie. Un bain à la bougie, un déjeuner à deux, une balade main dans la main : les plus simples sont souvent les meilleurs.
- Se souvenir des débuts. Ce qui vous a unis peut être ravivé, un petit geste à la fois.
L’enquête menée auprès de 26 000 parents, dont je parle dans l’épisode #205, le confirme : ce désajustement est massif, donc normal. Ce qui fait la différence, c’est la manière de le traverser ensemble.
Et le co-parent ?
En périnatalité, on parle surtout des mères, et les pères comme les co-parents restent souvent dans l’ombre. Pourtant, 8 à 10 % des pères vivent une dépression post-partum, et jusqu’à la moitié quand la mère en traverse une elle-même. Elle passe souvent inaperçue, parce que les hommes parlent peu de ce qu’ils ressentent et n’ont pas de suivi médical après la naissance. Ils ont pourtant le droit, eux aussi, de demander de l’aide. Le podcast revient sur la santé mentale en post-partum dans l’épisode #206.
Contrairement au cliché, beaucoup de jeunes pères ne sont pas « en manque » : ils sont préoccupés par la santé de leur partenaire et par leur nouvelle responsabilité. Quand l’écart de désir existe, chacun·e reste responsable de son propre désir et de son propre plaisir. On peut exprimer une envie, mais sans jamais faire pression, et la masturbation est une alliée précieuse pour ça. Quant aux couples lesbiens, ils décrivent souvent une communication et une confiance mutuelle renforcées après la naissance.
Le livre « Réinventer sa vie intime après bébé »
Cette question m’habite depuis 2015, en consultation comme au micro du podcast, et j’en ai fait un livre : « Réinventer sa vie intime après bébé », préfacé par le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue. L’édition revisitée de 2024 est plus inclusive, s’appuie sur de nouvelles études, et ajoute six parties : le baby clash, le parcours PMA, le post-partum dans les couples lesbiens, la communication, le focus sur le plaisir et le care dans la sexualité.
On y avance pas à pas, de la grossesse à ta nouvelle vie intime avec toi-même puis en couple, avec des exercices concrets : la « Queen shower », la liste des désirs, les rendez-vous à deux, la pleine conscience… Il n’impose rien, il ne te demande pas d’en faire plus : il te propose des pistes, sans jugement. Il existe en ebook et en livre papier.
Découvrir le livreQuand et qui consulter ?
Je préfère largement recevoir un couple trop tôt que trop tard. Dès que des questions apparaissent, dès que des tensions se font sentir, c’est le bon moment pour consulter. Demander de l’aide n’a rien de honteux : c’est du courage.
Plusieurs professionnel·les t’accompagnent, souvent de façon complémentaire : ta sage-femme pour le suivi post-natal et la rééducation, un·e kinésithérapeute périnéal·e pour le périnée et les cicatrices, ton médecin ou gynécologue pour les douleurs persistantes, un·e psychologue si tu te sens submergé·e, et un·e sexologue pour le désir, le plaisir et la relation. Si la tristesse, l’angoisse ou l’épuisement durent au-delà de quelques jours, parles-en rapidement : la dépression post-partum se soigne, et tu n’as pas à la traverser seule. Et bien sûr, parler de baby clash ne veut jamais dire banaliser les violences : elles ne sont ni normales ni acceptables.
Retiens surtout ceci : la sexualité après bébé n’est pas perdue, elle est en transition. Elle ne reviendra peut-être pas « comme avant », et c’est tant mieux : elle peut devenir plus consciente, plus tendre et plus à ton image.
Questions fréquentes
Quand reprendre les rapports après l’accouchement ?
Il n’existe ni norme ni délai. Pour une reprise avec pénétration, on attend la fin des saignements (deux à quatre semaines), la cicatrisation et une contraception adaptée. Mais le repère le plus important, c’est d’en avoir envie. Et reprendre ne veut pas forcément dire pénétration : câlins, caresses et massages comptent tout autant.
Pourquoi je n’ai plus de désir depuis bébé ?
C’est très fréquent d’observer des changements dans sa manière de ressentir et de vivre sa sexualité après l’arrivée d’un enfant. Fatigue, charge mentale, hormones, douleurs, changement d’identité et état du couple se cumulent souvent. C’est surtout le désir spontané qui se met en veille ; le désir réactif, celui qui naît en réponse à la tendresse, reste accessible.
Faut-il arrêter l’allaitement pour retrouver le désir ?
Non. L’allaitement modifie les hormones, mais la baisse de désir n’est jamais qu’une question d’hormones, sinon toutes les femmes qui allaitent en manqueraient. Six mois après la naissance, il n’y a plus de différence de reprise entre allaitement et biberon. Mieux vaut agir sur la fatigue, la répartition des tâches et le soutien du co-parent.
Les rapports sont douloureux après l’accouchement, est-ce normal ?
C’est fréquent, mais ce n’est pas normal, et ça se soigne très bien quand c’est bien pris en charge. Cicatrice, adhérences, périnée crispé, sécheresse : une sage-femme ou un·e kiné périnéal·e, ton médecin et un·e sexologue peuvent t’aider. N’attends pas.
La rééducation du périnée sert-elle aussi au plaisir ?
Oui. Un périnée en bonne santé sait se contracter et se détendre. La rééducation, recommandée à partir de six semaines, aide à retrouver des sensations, à relâcher les tensions qui rendent la pénétration douloureuse et à soutenir la lubrification.
Comment éviter le baby clash dans le couple ?
En répartissant les tâches de façon juste, en se relayant pour se reposer, en parlant vraiment de ses besoins et en planifiant des moments à deux. Et en consultant tôt : je préfère recevoir un couple trop tôt que trop tard.